JEANNOT et JEHAN

Deux ans que je n'avais pas revu Jeannot...Ce samedi , arrêt buffet chez lui et sa Charlotte , fine cuisinière s'il en est , mais encore bien plus que cela...
Jeannot qui pleure et ne rit plus...
Et Jeannot pleure de m'avoir revue...
Et je ne sais plus si j'ai envie de pleurer ou de rire...
Jeannot m'a offert un cadeau inestimable :
"Les soliloques du pauvre ", de Jehan RICTUS

Je n'en avais jamais entendu parler , moi qui suis pourtant une fervente admiratrice de Gaston COUTÉ à qui il me fait penser

Cette page , Jeannot pour que tu saches à quel point ton cadeau me fait plaisir...Je t'embrasse très très fort

Nadinette

 

Jehan RICTUS , de son vrai nom Gabriel RANDON , dit de SAINT AMAND
(1867-1933)

Biographie

Jehan Rictus est né le 23 septembre 1867 à Boulogne-sur-Mer. Les premières années de sa vie, il les passe entre la France et l'Angleterre, d'où son père est originaire. Mais, vers l'âge de huit ans, la séparation de ses parents le fait pauvrement échouer à Paris, avec sa mère. Ecolier studieux, il est obligé de quitter l'école vers treize ans pour gagner sa vie. Il exerce mille petits métiers (livreur, garçon de course, manœuvre, balayeur, précepteur…) jusqu'à devenir employé de commerce à seize ans. La vie n'est guère clémente avec Gabriel Randon. Souvent, sans toit, il regagne les bataillons de vagabonds qui errent dans Paris. Il passe ainsi une longue période entre 21 et 22 ans à battre le pavé. Il fréquente Montmartre et certains artistes anarchistes. Il retrouve un emploi de bureaucrate, attaché à l'administration de l'Hôtel-de-Ville. Il y rencontrera Albert Samain qui l'encouragea à publier ses poèmes. Il habite seul, une petite chambre de la rue de Ravignan, à Montmartre. Le soir, il fréquente la bibliothèque municipale ou suit des cours de dessins. Vers 1892, instable, il quitte son emploi avec éclat. Il fonde des soirées de diction poétiques qui firent long feu. Il fréquente un cercle littéraire – « la Butte » –, et bientôt quelques-unes de ses poésies sont publiées dans des revues d'avant-garde, symbolistes et parnassiennes (qui sont pourtant à l'antipode de sa conception littéraire), ainsi qu'au Mercure de France. Il écrit un pamphlet Sarcey génial : conte invraisemblable. Fin 1896, il débute au cabaret des Quat'z'Arts, sous le pseudonyme qui deviendra son nom : Jehan Rictus. Il chante la misère en orchestrant ses poèmes écrits dans la langue des faubourgs. Il fait succès et n'hésite pas à participer a des fêtes de syndicats ou à celles de groupements politiques. Son premier recueil de poèmes (les Soliloques du pauvre) paraît en 1897, en souscription avant d'être réédité par le Mercure de France. En 1900, le Mercure publie un nouveau recueil Doléances, puis en 1902, les Cantilènes du malheur (cf. « La Jasante de la vieille »). Il publie également un roman (Fil de fer, 1906), une pièce de théâtre en un acte (jouée au Théâtre de l'œuvre en 1905, Dimanche et lundi férié ou le Numéro gagnant), un essai pamphlétaire (Un bluff littéraire : le cas Edmond Rostand, 1903), une pantomime (la Femme du monde, 1909) et d'autres petits recueils (la Frousse, 1903, les Petites Baraques, 1907). Il continua à contribuer à de nombreuses revues jusqu'à la parution en 1914 de son second recueil poétique d'importance, le Cœur populaire. Rictus fréquente le Lapin agile, où il rencontre Apollinaire, Max Jacob, Carco. Il fut surtout l'ami de Léon Bloy. Après 1914, Rictus s'enferme chez lui, s'aigrit. Aucun de ses projets poétique n'aboutit. Il tient un journal (inédit, rédigé sur 159 cahiers d'écoliers). Nationaliste en 1914, ardent camelot du roi en 1930. Il meurt à Paris à 66 ans, vieillard monomaniaque, déjà oublié, le 6 novembre 1933.
Porte parole de la misère et de l'âme populaire, Jehan Rictus parle des filles perdues, des déménagements à la cloche de bois... Il se dégage de l'usage classique qui emprisonne les poètes du XIXe. Il se rebelle contre les rimes, l'alexandrin (« cercueil dans lequel on couche la poésie française »), contre les qualificatifs obligés (les cheveux blés mûrs…) et ramène la poésie à l'observation des choses. Pour cela, le poète introduit un instrument nouveau dans la poésie : l'argot et le langage populaire des ouvriers des faubourgs parisiens. On le rattache aux écrivains du Chat Noir. On le confond parfois avec Bruand. Jehan Rictus est oublié. Poète engagé, poète original, Jehan Rictus est à redécouvrir.

Une suite ici: sa bibliographie notamment
http://membres.lycos.fr/lentreprise/article.php3?id_article=6
C'est d'ailleurs à l'auteur de ce site que vous devez de lire cette biographie.Merci à lui

LES SOLILOQUES DU PAUVRE

Le Revenant
Extraits

Des fois je m'dis, lorsque j'charrie à douète...à gauche et sans savoir ma pauvr'bidoche en mal d'espoir, et que j'vois qu'j'ai pas l'droit de m'asseoir ou de roupiller dessus l'trottoir ou le macadam de "ma" Patrie; je m'dis : tout d'mème, si qu'y r'viendrait !
Qui çà?... Ben quoi ! Vous savez bien, eul'l'trimardeur galiléen, l'rouquin au coeur pus grand qu'la ie !
De quoi ? Ben, c'lui qui tout lardon n'se les roula pas dans d'beaux langes à cause que son double daron était si tell'ment purotin qu'y dut le faire pondr'su'du crottin, comm'ça à la dure, à la fraîche, a preuve que la paill'de sa crêche navigua dans la bouse de vache...

Extraits
Si qu'y r'viendrait! Si qu'y r'viendrait,
L'Homm' bleu qui marchait su' la mer
Et qu'était la foi en balade...
L'mec qu'était gobé par les femmes
(Au point que c'en était scandaleux)
...
L'Homme aux beaux yeux, l'Homme aux beaux rêves,
Eul' l'charpentier toujours en grève,
L'artiss, le meneur, l'anarcho,
L'entrelardé d'cambrioleurs
(Ça s'rait-y paradoxal?
L'gas qu'a porté su'sa dorsale
Eune aut'croix qu'la Légion d'honneur!)


Une suite bientôt avec L'HIVER