LE MARRONNIER

©Guy Jouberton

Là tout tout contre la maison
Fier sur ses racines
Du haut de ses quatre siècles au moins je crois
Un marronnier étale ses immenses branches
Etale son ombre rassurante
J'aime sous lui m'étendre
Fermer les yeux et me laisser aller
1604 peut être l'année de sa naissance
Cette petite pousse
Échappée du pas lent des animaux de traits
Henry IV aimait encore la Reine Margot
Ravaillac lui était en stage
En stage je crois de coutellerie
Ou peut être allait il d'estaminet en auberge
De bouge en lupanar
De pandémonium à pandémonium
Fortement aviné comme il l'était toujours
Affûtant sa haine construite sur rien
Une main tremblante sur un pichet de liquide rouge sang
L'autre retroussant une jupe facile
Et sa haine en rictus sous son affreuse moustache
Prémisse d'un brun venu, bien, bien après
Oui, je me laisse aller
Je me laisse aller à imaginer
Ce temps lointain
Fait de gens qui rient, qui crient, qui jalousent et aiment aussi
Peut être à l'abri d'un autre arbre séculaire
Un arbre aujourd'hui disparu mais que mon marronnier remplace
Peut être , peut être que je sens les traces
D'amours folles, de passions emportées
De bras qui se referment sur des corps qui se fondent
Et le silence dit encore tous les mots murmurés
Des mots suaves, des mots de souffle
Les plus beaux, ceux dits les yeux fermés
Oh je voudrais que tu me racontes
Toi au tronc si torturé
Tout ce que tu as vu, entendu
et aussi caressé en baissant tes branches
Pour faire un abri douillet
Mais aussi tes hauts le coeur
Peut être y- a t'il sur ton bois ridé
Des traces de cordes, des traces de gibets
De vindictes débraillées
D'éxécutions sommaires
De vengeances exacerbées
Toi hiérophante patriarche
Dis moi ce que tu as vu
Quatre siècles d'humanité
Parfois grande et belle
Parle moi de tes temps heureux
Parle moi de ces si fines et graciles silhouettes
Aux robes mouvantes et décolletés de miel
Qui venaient pour la Saint Jean
Avant les feux de tous les possibles
Accrocher à tes feuilles de si beaux bouquets
De bien belles invites
Que tous les hommes venaient respirer
Tentant de deviner celle. !!!
Et forcément ils décrochaient
De leurs mains rugueuses de sueurs faites
Le bouquet de notre arrière arrière grand maman
Merci, merci de l'avoir fait
Je t'imagine toi mon compagnon de chaque jour
Aux temps anciens
Aux temps des sècheresses d'étés
Quand les moissons étaient faites
Tout le hameau ivre de fatigue
Installant quelques planches, quelques tréteaux
Pour des ripailles jusqu'à la naissance du jour
Un violon, une trompette et un tambourin
A moins que ce ne soit l'ancestrale vielle
Et des sifflets de bouviers
Et ces rires gras que le vin fait naître
Peu importe, je sais que ton tronc se mettait à danser
Je t'aime, je suis tout toi et tu le sais...

Vincent Van Gogh: branche de marronnier en fleurs