SANS TITRE

Un jour d'orage et de furieuse tempête, un des serviteurs du château de Ventadour traversait la forêt en conduisant un char attelé de bœufs. Le tonnerre grondait, le vent agitait la cime des arbres, l'éclair sillonnait la nue, le tintement lugubre de la cloche appelait tous les fidèles à la prière. Le bouvier, effrayé, fait une invocation à Notre dame du Bon Secours. A peine cette invocation faite, une lumière mystérieuse, enveloppant comme une dame vêtue de blanc et resplendissante de beauté, lui apparaît au pied d'un arbre. Les bœufs s'arrêtent ; le bouvier, arrivé au château, s'empresse de conter l'apparition miraculeuse. Le noble seigneur, la noble dame de Pennacorn se transportent sur les lieux et quelle n'est pas leur admiration de trouver une statue en pierre au pied d'un arbre ! Nul doute, c'est bien la Vierge miraculeuse. On la transporte au château ; mais là, malgré le trône d'or qui lui sert de siège, malgré les hommages dont elle est entourée, la Vierge revient la nuit dans la forêt, au pied du chêne où la vit le bouvier. Des ermites consultés déclarent que la Vierge devra être transportée dans une des chapelles de la basilique de Neuvic.

 

 

L'HOMME QUI VEUT FAIRE LE MÉNAGE

Il y avait une fois un mari querelleur et tracassier, qui ne trouvait jamais que sa femme fit assez de besogne dans la maison. Un soir qu'il revenait de faucher, il gronda et cria si fort que sa bonne femme lui dit : -Pourquoi donc faire ainsi " l'availlant ? " Veux -tu que demain nous changions de besogne ? Tu prendras place à la maison et moi, j'irai faire ton ouvrage dans les champs ; pour une fois, du berger, j'entendrai la sérénade ! .. L'homme y consentit de grand cœur, riant de cette naïveté. Belle besogne ! se disait-il Dix femmes ne font pas, en un jour, autant de travail qu'un seul homme. Le lendemain, donc, de bon matin, la femme partit pour les prés, la faux sur l'épaule. Le mari voulut d'abord faire du beurre ; mais après avoir battu la crème pendant quelques minutes, il se sentit altéré, et descendit à la cave tirer du cidre. Pendant que sa chopine se remplissait, il entendit qu'un cochon entrait dans la maison, et, craignant qu'il ne renversât la baratte, il courut le chasser, sans prendre le temps de remettre le douzil (le fausset). Mais la baratte était déjà renversée, et lou gagnou barbotait dans la crème, qui rigolait sur le pavé. A ce tableau, notre homme entra dans une telle colère qu'il oublia le tonneau de cidre, et se mit à poursuivre le cochon à toutes jambes. Quand il l'eût atteint, il lui asséna un coup si violent avec le chambalou qu'il l'étendit roide mort à terre. Il remarqua alors qu'il avait encore le fausset en main, et il se hâta de descendre à la cave ; mais il était trop tard, tout le cidre avait coulé hors du baricot. Un peu confus, il revint à la maison et trouvant encore assez de crème pour remplir la baratte, il recommença à faire du beurre pour le diner. Après avoir baratté un quart d'heure, il se souvint que la vache était encore à l'étable, et qu'il ne lui avait rien donné, ni humide, ni sec, quoiqu'il fût déjà tard. Comme il n'avait pas le temps de la mener au pâturage, il prit le parti de la faire monter sur le toit, car la cabane était couverte de gazon, et l'herbe en était haute et épaisse. La maison étant appuyée contre un coteau, il suffisait de l'unir au faîte par une planche pour que la vache pût arriver sur le toit.

Mais notre homme n'osait quitter la baratte, car le veau courait et cabriolait tout alentour, et il était à craindre qu'il ne la culbutât. Il prit donc cette baratte sur son dos en allant faire boire la vache, avant de la mener sur le toit. Mais quand il se baissa pour tirer de l'eau, la crème lui tomba dans le cou, puis coula dans le puits. Cependant midi approchait, et il n'avait pas encore de beurre. Il résolut alors de faire de la bouillie, et il suspendit dans l'âtre une marmite pleine d'eau.Puis songeant tout à coup que la vache pourrait faire une chûte et se casser les membres, il monta près d'elle pour l'attacher,et lui passa autour du cou une corde dont il eût soin de laisser tomber un bout par la cheminée,afin de se le lier autour de la jambe, car l'eau bouillait déjà dans la marmite, et il avait à broyer le gruau.
Comme il était ainsi occupé, s'évertuant à réparer le temps perdu, la vache fit une chûte, et son poids tira brusquement l'homme par le tuyau de la cheminée Il y resta suspendu, criant comme un possédé et se battant avec les murs noirs de suie, tandis que la bête planait entre ciel et terre. La femme qui avait longtemps attendu que son mari lui apporte le mereindé, perdit enfin patience : elle se douta de quelque mésaventure, et elle revint à la maison. Quand elle vit la vache dans cette position, sans pouvoir comprendre ce qui était arrivé, elle se hâta de couper la corde avec la faucille, et, au même instant, l'homme dégringolait dans lou pérol. Il en eût assez de cette expérience : Le lendemain, il alla faucher.

 

 

LA DAME DE MONTLAUR

Sur l'un des angles de la façade de l'église de Crocq, du côté du cimetière, on voit une petite tourelle à toit conique qui a l'air d'une lanterne suspendue au-dessus des trépassés, comme pour honorer leur mémoire. Voici la légende qui s'y rattache : Le seigneur de Crocq était un homme dur et avare, sa femme, au contraire, la dame de Montlaur était douce et compatissante ; son plus grand plaisir, aussitôt que son mari avait quitté le château, était d'aller porter ses consolations aux malheureux. Un jour que la bonne dame croyait le baron parti pour la chasse, elle s'empressa de garnir son tablier de pains pour quelques familles pauvres, mais un malheureux hasard voulût que le vilain noble rentrât plus tôt que de coutume, et rencontrât sur la place sa femme avec sa charge bienfaisante. " Que portez-vous là ? lui dit- il brusquement..Monseigneur, ce sont des fleurs pour la Sainte Vierge "répondit en tremblant la charitable châtelaine. Le baron voyant à l'air embarrassé de sa femme qu'elle pouvait bien se servir d'un mensonge pieux pour cacher une bonne œuvre, rabattit le tablier qui causait ses soupçons et…à la grande surprise de la bonne dame, il s'en échappa des fleurs. La vertueuse baronne ne pouvait mentir et la mère de notre sauveur était venue à son aide. A quelque temps de là, les pauvres de Crocq eurent à pleurer la perte de leur bienfaitrice ; cependant elle ne les a pas abandonnés totalement : à l'approche d'un orage menaçant, lorsque le ciel est en courroux, on voit une petite flamme bleue qui vacille sur le toit pointu d'un petit clocheton. C'est l'âme de la bonne châtelaine qui vient veiller sur les habitants de Crocq.

 

 

 

LA LÉGENDE DU MOULIN DU DIABLE

Il y avait , autrefois , tout près d'Ambazac, un joli moulin dont le meunier était aussi riche qu'ambitieux. Il rêvait de faire de sa fille unique , fort gentille, d'ailleurs , pour une petite paysanne des bords du Beuvret, une grande dame qui possèderait un beau château et roulerait carrosse , ni plus ni moins qu'une reine. Et comme ce meunier unissait à ses autres qualités ou défauts une forte dose d'originalité, il s'était mis dans la tête - et il avait la tête dure- que son gendre devrait avoir des dents en or. C'est donc en vain que les prétendants se présentaient en foule au moulin : ils étaient tous éconduits par l 'étrange meunier qui s'obstinait dans ses exigences. La malheureuse se demandait déjà , non sans inquiétude, si elle ne serait pas condamnée, par suite de l'originalité paternelle, à rester vieille fille, quoiqu'elle ne se sentit pas le moindre attrait pour cette vocation. Or , voici que par un beau matin de juin, où les oiseaux lançaient leurs plus joyeuses chansons dans l'air tout parfumé des senteur du foin coupé, un jeune homme fort élégant se présenta à la porte du moulinet , sans perdre de temps , après les salutations d'usage, demanda au meunier la main de sa fille. " Vous connaissez, lui dit celui ci, les conditions exigées pour devenir mon gendre.Il faut être très fort…
- Je le suis autant et plus que tout autre. - Et avoir des dents en or… "
Le meunier n'avait pas fini de parler que le jeune homme avait ouvert la bouche pour lui montrer une double rangée de dents étincelantes. Séance tenante et sans même prendre l'avis de la jeune fille, le marché fut conclu.
- " Et maintenant que j'ai vu vos dents , reprit le meunier , vous allez me montrer votre force, et pour cela , il faut que demain matin , avant le chant du coq, vous ayez amené juste au dessus de la roue de mon moulin le ruisseau qui coule là -bas, derrière ces rochers , et dont je n'ai que le trop-plein.


-" Beau -père , s'écria le jeune homme , vous serez obéi. " Et il disparut pendant que le meunier courait conter à ses voisins qu'il avait enfin trouvé le gendre depuis si longtemps rêvé. Mais les braves gens du village n'eurent pas de peine à comprendre que cela n'était pas naturel et ils n'eurent qu'une voix pour crier au meunier :" Mais, malheureux , c'est au Diable lui-même que tu vas donner ta fille ! " On ne tarda pas longtemps à en avoir la preuve ; au douzième coup de minuit , dans le petit vallon d'ordinaire si tranquille où coule le Beuvret, un bruit formidable s'éleva soudain., pareil au mugissement des vagues de la mer soulevée par la tempête, pendant que du milieu des rochers de la rive partaient de sinistres craquements.

On eût dit que la terre allait s'entr'ouvrir et livrer passage aux flammes de l'enfer.C'étaient les eaux du Beuvret qui, poussées par le souffle impétueux du démon , couraient droit au moulin à travers les rochers et les broussailles. Le meunier , plus mort que vif , maudissait déjà son odieux marché ; mais il ne savait où donner de la tête. Tout le village était sur pied et, pendant qu'on se demandait avec angoisse ce qui allait arriver, quelqu'un cria qu'il fallait faire perdre au Diable son pari. " Sans doute , balbutia le meunier , mais comment m'y prendre ?"
-" Monte vite dans le poulailler , reprit l'autre , et réveille les poules pour que le coq chante avant que le Diable ait fini. " Sitôt dit , sitôt fait, et à peine le coq eut-il chanté que le Diable, furieux de n'avoir pu réussir dans son entreprise, s'enfuit en grinçant des dents. Cependant , les eaux du Beuvret , que ne poussait plus le souffle de l'enfer , reprirent aussitôt leur cours naturel. Et c'est depuis ce temps que l'on peut voir, un peu au dessus du Moulin du Diable , un coude brusque formé par le ruisseau au point précis où le Diable fut surpris par le chant du coq.

 

 

LA POSSÉDÉE DU COUTALOU

Une tradition très répandue dans la commune de Pierrefitte et aux environs assure que , vers 1790 , le curé de la paroisse , M.L'abbé Fouilloux, fut appelé à exorciser une jeune fille. […] Cette fille se rendait à Espartignac le jour de la fête votive(Saint Martial), accompagnée d'une camarade. Chemin faisant , elle est accostée par un garçon inconnu, avec qui la conversation s'engage. " Je vais à la fête votive, dit la jeune fille au jeune homme et je danserai, serait ce avec le Diable. " L'inconnu accompagne ces deux personnesà Espartignac , les invite à manger du poisson , dont il est porteur,et danse avec elles.Tout à coup , on voit sortir des flammes de la bouche de la jeune fillequi avait tant voulu de ce plaisir : elle était possédée… Et tous les jours , depuis lors , jusqu'au moment de l'exorcisme, à la nuit tombante , on la voyait courir malgré elle, en poussant des cris affreux , vers un lieu sauvage que l'on précise encore : Le Coutalou.