GROSSE FATIGUE

Mes rêves se dérobent.
Ailes repliées , je suis en cage
Mes rêves me désolent.
Je perds le nord et ma boussole.
C'est mon chagrin seul qui m'isole.
Que personne ici ne rigole

J'avais levé le voile de tes paupières
Et dans tes yeux vu d'la lumière
Dans la lumière vu le désert
Dans le désert vu des vipères
J'avais jeté sur elles des pierres
Mais je n'ai fait qu'des ricochets
Mes pierres n'étaient que des galets
Il n'y a plus d'eau dedans tes yeux
Et cet éclat que j'y voyais
C'était un éclat d'eau bue

J'aurais bien dû me rappeler
Qu'il ne faut pas trop s'exposer
Au soleil , à cause des mirages
Que ce n'est ni raisonnable , ni sage
Que ce n'est surtout plus de mon âge

J'aurais surtout dû me souvenir
Qu'à rien jamais on ne doit tenir
Et que le lierre meurt où il s'attache
Et résiste même aux coups de hache
L'amour , c'est bien trop vache


© Nadine Bretagnolle,Février 2003